Un jour un jeûneur: François Prouteau, Président de Fondacio

Un jour un jeûneur: François Prouteau, Président de Fondacio

Jusqu’au 2 décembre, nous partagerons avec vous des mini-interviews de jeûneurs, qui permettront de mettre des visages sur les jeûneurs, de découvrir pourquoi ils jeûnent, comment et quelle interpellation leur jeûne porte !

Quelle(s) conviction(s) vous ont engagé(e) à participer à ce jeûne pour le climat ?

Notre responsabilité est grande face aux menaces qui pèsent sur le monde, à commencer par le réchauffement climatique. Personnellement, avec d’autres chercheurs en sciences humaines et sociales, nous avons engagé depuis deux ans une réflexion politique et éducative dans ce domaine.

Il y a aujourd’hui un consensus sur le fait que nous sommes entrés dans une nouvelle période de l’histoire (appelée Anthropocène) marquée par l’impact majeur que l’activité humaine exerce sur la terre, dans son ensemble. Certes les aspects positifs des révolutions techniques et industrielles sont nombreux mais les effets négatifs en montrent chaque jour un peu plus les dangers pour la planète : dérèglement climatique, disparition de la biodiversité, fonte des glaces aux pôles, etc. Ces phénomènes semblent s’accélérer. Ils pourraient être les signes avant coureurs de catastrophes écologiques et humaines si nous ne réagissons pas fortement pour conjurer de telles menaces.

Le Dr Nadarajah, sociologue indien, face à des situations insupportables humainement, évoque la colère prophétique pour traduire le sentiment de révolte qui met en route et permet de passer de la dénonciation à l’action. Ce jeûne pour le climat relève d’une telle colère prophétique, selon moi. C’est donc évident de m’y associer et de désirer que nous soyons le maximum de tous horizons à nous mobiliser. J’invite à y prendre part le maximum de personnes du mouvement Fondacio que je dirige et qui cherche avec d’autres à construire un monde plus humain et plus juste.

Comment voulez-vous donner forme à votre jeûne pour le climat ?

Il y a tant à faire pour se convertir à une vie saine, pour nous, pour les autres, pour la création. Cela passe par changer des habitudes bien ancrées et des zones personnelles de confort. Mais ces zones ne vont pas être confortables longtemps pour nos consciences et dans les faits si elles participent à la dégradation de la vie sur la terre ; je pense notamment à tout ce qui participe aux émissions croissantes de gaz à effet de serre. Il faut inverser la vapeur ! La marche à pied va donc être pour moi le moyen de locomotion privilégié pendant ces jours de jeûne : pas de voiture et le moins possible d’autres moyens de transport. En même temps, je fais le choix d’un jeûne de viande : l’élevage est responsable de 14,5% d’émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ce jeûne, c’est donc un pas, un petit pas de plus pour continuer à faire des choix au quotidien pour un plus grand respect de la terre et de ses habitants. C’est apprendre ou réapprendre à choisir la vie en harmonie avec la nature et pour le bien commun.

Parler du climat signifie parler de toutes les grandes questions qui secouent notre humanité. Quel thème vous tient particulièrement à cœur et pourquoi ? Par exemple : climat et migration, climat et biodiversité, climat et paix, climat et justice sociale, etc.

Tous ces thèmes sont importants, et ils sont tous liés les uns aux autres. Ne voit-on pas les effets du dérèglement climatique sur les flux migratoires, la disparition de la biodiversité ou l’intensité de catastrophes naturelles (ouragans, inondations, incendies, fontes glaciaires aux pôles, etc.) ? Parmi tous ces thèmes, il y en a un qui, selon moi, est en lien avec tous les autres : le politique. Le politique, c’est ce qui concerne la gestion du bien commun, « l’administration responsable » de la « maison commune ». Le politique est convoqué particulièrement en ce moment où il y a une prise de conscience que la vie sur la terre est en grand péril : avec les évolutions climatiques et les risques écologiques, les conditions d’une planète habitable pour l’humanité aujourd’hui et pour les générations à venir, ne vont pas de soi. Tout est fragile et tout est lié, pour reprendre des termes développés par le pape François à propos de l’écologie intégrale. Jamais l’être humain n’a fait autant l’expérience que l’humain est relation. Nous sommes des êtres faits de relations : relations interpersonnelles, relations sociales, relations extra-sociales avec la nature, relations à l’Autre, à l’intérieur et l’extérieur de soi-même. Ces entrelacs appellent une responsabilité politique de chaque citoyen et de tous ceux à qui est conféré un mandat au service du bien de la cité humaine, à toutes les échelles, de l’individu à l’humanité toute entière en relation avec la nature.

Quelle question ou interpellation souhaitez-vous adresser à nos dirigeants politiques lors de la COP24 ?

Mon souhait est simple mais peut-être difficile à réaliser pour les dirigeants politiques. Il faudrait de l’audace pour que les dirigeant politiques lors de la COP 24 se joignent et participent à leur manière à ce jeûne pour le climat. Le jeûne ensemble peut être un chemin pour prendre plus conscience de la fragilité de la terre et de l’humanité soumises aux menaces climatiques et écologiques. Le jeûne est une expérience de fragilité, un engagement personnel en communion avec la cause qui arrache le cœur et nous tient au corps, un espace pour attendre quelque chose de nouveau, un temps d’arrêt dans l’accélération du monde, un vide pour laisser monter le cri du monde qui appelle responsabilité et courage de la part des dirigeants politiques pour agir. De nouveaux modes de dialogue et d’engagements citoyens doivent apparaître pour faire face aux défis climatiques et écologiques. Comme nous l’a appris Gandhi, le jeûne peut manifester la protestation et la colère prophétique, et être aussi un lieu d’accueil pour écouter ce qui est à naître et agir.

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