Un jeûneur: Martin Kopp, théologien écologique

Un jeûneur: Martin Kopp, théologien écologique

Quelle(s) conviction(s) vous ont engagé(e) à participer à ce jeûne pour le climat ?

J’ai vécu la campagne du jeûne dès son lancement, à la COP19, à Varsovie en 2013, où je suivais les négociations au sein de la délégation de la Fédération Luthérienne Mondiale. On avait décidé de jeûner en solidarité avec Yeb Saño – alors le chef négociateur des Philippines -, qui s’est volontairement privé de nourriture pendant les deux semaines de la COP, en solidarité avec ses sœurs et frères de son pays touchés par le typhon Haiyan. Ce typhon exceptionnel, le plus puissant ayant jamais touché terre, avait frappé les Philippines et la ville natale de Yeb, Tacloban, juste avant l’ouverture de la conférence onusienne. Dix mille personnes étaient mortes sous les vents de plus de 300 km/h. L’horreur. Son frère avait passé des jours à ramasser des corps. Les changements climatiques, pour les personnes exposées et vulnérables, c’est cela. Pas un sujet de dispute sur des plateaux TV. De la tôle et des morts. Le lundi 18 octobre prochain, je jeûnerai à nouveau. Parce que sans une rehausse de l’ambition et de l’action concrète à tous les niveaux, sans ce que certains appellent de la “radicalité” – qui est simplement une action à l’échelle de l’enjeu -, nous sommes sur une trajectoire de réchauffement qui produira de nouveaux Tacloban.

Comment voulez-vous donner forme à votre jeûne pour le climat ?

Je me passerai de nourriture toute la journée, mais boirai de l’eau – en tisanes ou thé. Pas de café, ni de jus de fruits. C’est difficile pour moi, ça me coûte vraiment. Bon, une journée, c’est supportable. Je me suis engagé aussi plusieurs fois pour trois jours de jeûne pour le climat. Là, c’est autre chose. Le troisième jour, il faut de la force, une vraie volonté. Surtout quand, autour, les gens mangent. Et que ce qui te sépare de ce pain, sur la table, c’est ta seule décision en liberté. J’ai perdu du poids, on en perd vite. Quand je dis que le jeûne signifie ma détermination, je ne me paye pas de mots.

Parler du climat signifie parler de toutes les grandes questions qui secouent notre humanité. Quel thème vous tient particulièrement à cœur et pourquoi ? Par exemple : climat et migration, climat et biodiversité, climat et paix, climat et justice sociale, etc.

Je dirais climat et désir ! Bon, là, je prends le contre-pied volontairement. J’ai été assez sombre jusque là, parce qu’il faut le courage de la lucidité. Et pourtant. Le projet de conversion écologique de nos sociétés, qui embrasse plus large que le climat, rime aussi avec envie. On se lance dans un formidable moment d’auto-institution de notre imaginaire partagé : le récit du bonheur matérialiste se meurt, quelle est la narration du souhaitable que nous allons écrire et qui va nous guider ? Quel est le sens de notre agir personnel et collectif ? Que voulons-nous, que désirons-nous, qu’est-ce qui nous manque ? N’y a-t-il pas du bonheur sous les pavés de la réduction du temps de travail ? De la joie dans la culture des liens, plutôt que la quête du plus-avoir ? De la santé derrière des produits moins traités ? De la profondeur d’être, avec un retour de la contemplation ? Des emplois grâce à des transitions vers de nouveaux modes de production et de vies ? L’écologie rimera avec envie, du désir-de-gâteau-au-chocolat, ou elle ne sera pas.

Quelle question ou interpellation souhaitez-vous adresser à nos dirigeants politiques lors de la COP26?

Ma demande va en fait à un dirigeant et des acteurs économiques : le PDG de TotalÉnergies, Patrick Pouyanné, et les actionnaires de cette multinationale. Le lundi 18, avec GreenFaith et des partenaires, nous tiendrons un jeûne interreligieux devant la Tour Coupole de Total à la Défense, à Paris. Car l’entreprise porte le projet de nouveau champ pétrolier “Tilenga”, en Ouganda, avec plus de 400 nouveaux puits dont 132 dans une réserve naturelle, un projet accompagné de celui d’un oléoduc chauffé géant de 1500 km, nommé “EACOP” reliant la côte tanzanienne, pour l’export. Ces projets, menés à terme, ce sont 34 millions de tonnes de carbone dans l’atmosphère par an. Avec les presque 4000 signataires de la pétition que nous avons lancée, nous en demandons l’abandon. Total s’est récemment renommé “TotalÉnergies” – quelle belle occasion de mériter son nouveau nom.

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