Un jour un jeûneur: Alexandre Jollien, philosophe et écrivain

Un jour un jeûneur: Alexandre Jollien, philosophe et écrivain

Jusqu’au 2 décembre, nous partagerons avec vous des mini-interviews de jeûneurs, qui permettront de mettre des visages sur les jeûneurs, de découvrir pourquoi ils jeûnent, comment et quelle interpellation leur jeûne porte !

Quelle(s) conviction(s) vous ont engagé(e) à participer à ce jeûne pour le climat ?

Je pense que le progrès passe, paradoxalement, aussi par le moins. Moins de consommation, moins d’individualisme, moins d’égoïsme… Jeûner, c’est faire la place, se rendre disponible, s’ouvrir, le cœur, l’âme…, se décentrer et prendre conscience de tout ce que l’on reçoit des autres, de la nature, du quotidien…

Comment voulez-vous donner forme à votre jeûne pour le climat ?

Comme ex-dépendant affectif, je suis pour reprendre les mots d’Epictète un prisonnier en voie de libération. Je veux essayer de rejoindre le fond du fond, en me déconnectant un peu de la consommation, d’Internet, de la nourriture. La liberté ne saurait s’arracher aux forceps, aussi, il s’agit d’être infiniment patient envers soi et accueillir les faux pas, faire le jeûne, en quelque sorte, de cette fausse culpabilité qui accable.

Nous sommes une partie de cet univers, un habitant de ce vaste monde qui a pour mission d’accueillir tout le monde et de ne mettre personne sur la touche. Jeûner, c’est peut-être garder à l’esprit et dans le cœur toutes les personnes qui meurent de faim quand, pour nous, le jeûne est un luxe… Nous sommes aussi conviés à ne jamais perdre de vue que nous habitons tous une même maison qu’il s’agit de protéger, voilà un immense défi de l’écologie: Etre des co-équipiers, prendre conscience dans sa chair que nous sommes tous embarqués dans le même bateau. C’est de justice sociale, d’égalité, de solidarité qu’il s’agit d’avoir faim et soif !

Parler du climat signifie parler de toutes les grandes questions qui secouent notre humanité. Quel thème vous tient particulièrement à cœur et pourquoi ? Par exemple : climat et migration, climat et biodiversité, climat et paix, climat et justice sociale, etc.

Le bouddhisme nous enseigne que tout est interdépendant.  D’ailleurs, l’expérience quotidienne nous montre que l’on ne saurait bâtir notre bonheur seul dans notre coin, isolé, séparé des autres. Le défi de la migration et de l’accueil inconditionnel est capital. Il est évidemment lié à la paix, à la justice sociale. Combien de misère, de pauvreté sont générées par une répartition injuste, par des mesures iniques et des politiques qui ne visent pas  vraiment le bien commun ? Quant à la biodiversité, c’est une évidence qu’il s’agit de retrouver le respect de la nature qui, bien souvent, est réduite à un supermarché où on se sert sans égards envers ce qui nous nourrit.

Quelle question ou interpellation souhaitez-vous adresser à nos dirigeants politiques lors de la COP24 ?

De nature optimiste, j’ai toutefois des inquiétudes. Il me semble que les gafa prennent de plus en plus d’importance, jusqu’à devenir presque plus puissants que les états. Comment mettre des garde-fous à l’individualisme, ou, mieux, comment prêter à nouveau l’oreille à la boussole intérieure quand les sirènes du consumérisme, les hameçons de l’individualisme semblent prendre les devants de la scène ? Je pense que l’on juge une société à la manière dont elle traite les plus démunis. Cette attention à l’autre devrait guider celles et eux qui ont vocation de gouverner.

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