Un jour un jeûneur: Isabelle Czernichowski-Lauriol, chercheuse en stockage géologique de CO2

Un jour un jeûneur: Isabelle Czernichowski-Lauriol, chercheuse en stockage géologique de CO2

Jusqu’au 2 décembre, nous partagerons avec vous des mini-interviews de jeûneurs, qui permettront de mettre des visages sur les jeûneurs, de découvrir pourquoi ils jeûnent, comment et quelle interpellation leur jeûne porte !

Quelle(s) conviction(s) vous ont engagé(e) à participer à ce jeûne pour le climat ?

J’ai été sollicitée par Alexandra Breukink, la principale organisatrice de ce mouvement. Je la connais bien pour avoir participé trois années de suites à une retraite d’une semaine qu’elle organisait dans les Vosges alsaciennes autour d’ateliers d’écriture et de peinture. Sa profonde attention à l’autre et à la nature, sa détermination pour œuvrer pour un monde meilleur, ainsi que le beau texte d’appel pour un jeûne interconvictionnel sur le climat, m’ont poussée à soutenir cette action. De par mes activités professionnelles, je suis par ailleurs engagée à trouver des solutions pour réduire les émissions de CO2. Agir à la fois au niveau personnel et professionnel pour faire face à l’urgence climatique me parait maintenant indispensable.

Comment voulez-vous donner forme à votre jeûne pour le climat ?

Nous avions prévu depuis longtemps de passer ce week-end là en famille, avec nos 4 enfants, ce qui est rare maintenant, puisqu’ils sont entrés dans la vie professionnelle ou poursuivent leurs études, et sont dispersés dans divers coins de France et de Belgique. Nous avons choisi de nous retrouver à la campagne, dans les Ardennes belges, dans un simple logement chez l’habitant. Nous voulons faire une pause au contact de la nature, marcher dans la campagne, découvrir les villages et les bois, discuter avec nos hôtes pour qu’ils nous racontent leur vie locale, profiter des derniers légumes de leur jardin potager et d’une soirée au coin du feu. Sur place plus de voiture, ni de téléphone ni d’ordinateur. Nous allons jeûner de tous ces outils modernes dont nous dépendons trop pour prendre le temps de nous ressourcer, de discuter et de s’amuser ensemble.

Parler du climat signifie parler de toutes les grandes questions qui secouent notre humanité. Quel thème vous tient particulièrement à cœur et pourquoi ? Par exemple : climat et migration, climat et biodiversité, climat et paix, climat et justice sociale, etc.

Ce qui me tient à cour c’est la nécessité d’agir ! Trop longtemps un scepticisme sur la question climatique a été entretenu. Or grâce au GIEC notamment, nous savons que l’homme est responsable de cette situation et que les conséquences s’annoncent dramatiques si nous ne faisons rien. Il y aura beaucoup de catastrophes naturelles et des transformations moins brutales mais pernicieuses qui vont affecter la sécurité, la santé, les ressources agricoles, les ressources en eau, la biodiversité, les migrations, la justice sociale et la paix. Et nous serons tous concernés à des degrés divers, où que nous soyons dans le monde.

Quelle question ou interpellation souhaitez-vous adresser à nos dirigeants politiques lors de la COP24 ?

Je souhaite que nos dirigeants politiques prennent dès maintenant des mesures beaucoup plus fortes pour réduire les émissions de CO2 et que parmi ces mesures ils se décident à avoir recours à la technologie de Captage et de Stockage géologique de CO2 (technologie CCS en anglais). Je fais des recherches depuis 25 ans sur cette technologie, en coopération avec des chercheurs français, européens et du monde entier. Nous savons que cette technologie peut maintenant être déployée progressivement dans le monde pour réduire massivement les émissions de CO2 des installations industrielles. Il y a déjà 18 opérations dans le monde captant du CO2 sur des installations de traitement de gaz naturel, des centrales à charbon ou à gaz, des cimenteries, des usines sidérurgiques, des usines de production de biocarburants, pour l’injecter dans des formations géologiques profondes au delà d’un kilomètre de profondeur où il peut être stocké en toute sécurité et efficacité à l’abri de l’atmosphère. D’ailleurs il existe beaucoup de gisements naturels de CO2 dans le sous-sol, même en France, preuve que la nature sait bien le piéger de manière permanente. Donc quoi de plus logique et vertueux que de remettre dans le sous-sol le carbone qu’on y a extrait sous forme de charbon, pétrole ou gaz, pour le remettre dans le sous-sol sous forme de CO2 après avoir utilisé son contenu énergétique. Regardez notamment la brochure produite par notre réseau d’excellence européen CO2GeoNet pour expliquer « Que signifie vraiment le stockage géologique de CO2 ? », traduite en 30 langues (http://www.co2geonet.com/resources/#1392). L’association CO2GeoNet sera présente à la COP24 avec un stand et des conférences pour expliquer ce qu’est cette technologie et discuter avec les participants comment elle pourrait être mise en oeuvre dans leurs pays pour réduire massivement les émissions de CO2, aux côtés de et en synergie avec les énergies renouvelables.

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