Un jour un jeûneur: Jenny Litzelmann, directrice de la Maison Schweitzer

Un jour un jeûneur: Jenny Litzelmann, directrice de la Maison Schweitzer

Jusqu’au 2 décembre, nous partagerons avec vous des mini-interviews de jeûneurs, qui permettront de mettre des visages sur les jeûneurs, de découvrir pourquoi ils jeûnent, comment et quelle interpellation leur jeûne porte !

Quelle(s) conviction(s) vous ont engagé(e) à participer à ce jeûne pour le climat ?

Pourquoi « sauver la planète » ? Est-ce que la Terre a une importance dans l’Univers ? Est-ce que sa disparition à l’échelle de l’Univers est plus émouvante que la perte d’une cellule de peau morte à l’échelle du corps humain ? Nous savons bien que tout ce qui naît dans l’univers est appelé à mourir, tôt ou tard, mais nous ne l’acceptons pas, nous voulons sauver notre peau, et faisons tout pour éviter l’inévitable. A quoi bon ? demande la part nihiliste, justifiée et rationnelle, que nous possédons tous plus ou moins…

Ou alors notre planète a-t-elle une destinée particulière ? Est-elle la seule à porter la vie ? Est-elle une graine tombée dans l’univers, destinée à germer et à répandre partout la vie ? Sommes-nous au début d’une histoire merveilleuse qui va durer des milliards et des milliards d’années ? L’éternité ? L’humanité peut-elle sauver cette graine? Dans ce cas quelle responsabilité ! se dit la part optimiste, justifiée et rationnelle, que nous possédons tous plus ou moins…

Je n’ai pas vraiment de conviction, je n’ai pas la moindre idée du pourquoi ni du comment de notre existence sur ce minuscule grain de poussière perdu dans l’immensité de l’univers, je ne sais absolument rien. Mais je sens la force qui me pousse à préserver ma vie et celles des autres, juste pour que l’aventure continue. Je n’ai d’autre choix que de faire confiance en cette force, et de l’aider en allant dans sons sens. Ce que j’appelle le bonheur ou la foi n’est rien d’autre que cela.

Comment voulez-vous donner forme à votre jeûne pour le climat ?

Pour savoir comment jeûner, je me suis demandé: qu’est-ce qui me « gave » le plus ? Dans mon cas ce n’est pas la consommation démesurée de nourriture (ou autre biens matériels.) Je suis plus inquiète de ce qui rentre dans mes oreilles que de ce qui rentre dans ma bouche, et notamment de la médisance qui nous entoure en permanence et à tous les niveaux, dans nos relations sociales, les médias, les réseaux sociaux… dirigée contre tout et n’importe quoi, n’importe qui, ceux qu’on connaît, ceux qu’on ne connaît pas (!), de façon démesurée, totalement infondée et incontrôlée. J’ai envie de dire stop à ce flux nauséabond. Pour me concentrer sur l’essentiel, je n’ai pas besoin d’abstinence de nourriture, mais que cesse ce bruit ! Celui qui pourrait sortir de ma bouche comme celui qui pourrait entrer dans mes oreilles. Le 30 novembre, j’enverrai ce message à mes contacts, pour qu’ils m’arrêtent si je médis, et qu’ils comprennent que je les arrête s’ils médisent. En plus du respect, on gagnera du temps, et c’est ce qui nous manque pour nous préoccuper correctement de l’avenir de la planète.

Parler du climat signifie parler de toutes les grandes questions qui secouent notre humanité. Quel thème vous tient particulièrement à cœur et pourquoi ? Par exemple : climat et migration, climat et biodiversité, climat et paix, climat et justice sociale, etc.

Je dirais climat et justice sociale. Le jeûne est une question de riche, il faut avoir « de quoi jeûner ». Ce qui me dérange, c’est que dans ce genre d’actions, on retrouve surtout (pas uniquement) ceux qui ont de quoi jeûner, ceux pour qui les choses vont assez bien. Pour se préoccuper du sort de l’humanité à long terme, on ne doit pas être obligé de se préoccuper de façon urgente de son propre sort et de sa survie. Pour influencer le destin de l’humanité par le climat, il faut être nombreux : moi, les autres, ou les politiques en premier, peu importe, il faut être nombreux, c’est tout. Donc il faut pour commencer que le plus grand nombre soit libéré de ce souci de la survie matérielle à court terme. Les moyens de donner à tous une vie matérielle correcte sont là, pas besoin de se battre pour les avoir en priorité. Il faut créer les conditions matérielles qui permettront au plus grand nombre de se soucier des « grandes questions qui secouent notre humanité ».

Quelle question ou interpellation souhaitez-vous adresser à nos dirigeants politiques lors de la COP24 ?

Ce n’est pas dans mes compétences d’interpeller les dirigeants politiques. Je ne pense pas avoir de solution à un niveau politique, ni d’idée à laquelle les dirigeants n’auraient pas déjà pensé, ou entendue des milliers de fois, j’espère seulement qu’ils ont la volonté d’en trouver une et de la mettre en pratique.

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