Un jour un jeûneur: Olivier de Schutter, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation et membre du comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU

Un jour un jeûneur: Olivier de Schutter, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation et membre du comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU

Jusqu’au 2 décembre, nous partagerons avec vous des mini-interviews de jeûneurs, qui permettront de mettre des visages sur les jeûneurs, de découvrir pourquoi ils jeûnent, comment et quelle interpellation leur jeûne porte !

Quelle(s) conviction(s) vous ont engagé(e) à participer à ce jeûne pour le climat ?

La transformation radicale que notre situation appelle, la nécessité urgente d’aller vers une société bas carbone et, avant 2030, vers une réduction à zéro des émissions nettes, passe par un changement des modes de vie. Les technologies « vertes » ou « propres » n’y suffiront pas, pas plus que les efforts des opérateurs économiques. Il faut que chacun fasse son examen de conscience; change sa manière de se déplacer, de s’alimenter, de se chauffer; et donne, par son exemplarité, envie aux autres de s’engager. Le jeûne, c’est envoyer ce message sur la nécessité d’une conversion individuelle.

Comment voulez-vous donner forme à votre jeûne pour le climat ?

 

Parler du climat signifie parler de toutes

Le jeûne, c’est un message de simplicité et de sobriété. Cela se traduit par le fait de ne pas manger de la nourriture solide. Ce dont il m’est impossible de me passer, c’est le café. Cette dépendance au café est malheureusement une métaphore de nos vies, qui fonctionnent aux excitants, à la dopamine, à la recherche toujours renouvelée d’émotions toujours plus fortes…

les grandes questions qui secouent notre humanité. Quel thème vous tient particulièrement à cœur et pourquoi ? Par exemple : climat et migration, climat et biodiversité, climat et paix, climat et justice sociale, etc.

 

Pour des raisons qui tiennent à mes engagements, je suis évidemment spécialement sensible aux questions de sécurité alimentaire. Mais mon combat aujourd’hui, c’est de réconcilier transition écologique et justice sociale. L’une ne se fera pas sans l’autre. Non seulement car les efforts que requiert la transition écologique ne seront acceptés que s’il sont justement répartis, et ne pèsent pas sur les plus défavorisés. Mais aussi car les inégalités minent le combat pour la transition écologique. Ces inégalités signifient qu’il faut plus de croissance pour réduire la pauvreté, ce qui crée une tension entre réduction de la pauvreté et réduction de l’empreinte écologique. Elles signifient aussi que les formes de consommation ostentatoire sont encouragées. Elles entraînent, enfin, que les ressources servent à satisfaire les désirs des plus riches, formatés par la publicité, et que leur pouvoir d’achat permet de satisfaire, au détriment de la satisfaction des besoins essentiels des plus pauvres.

Quelle question ou interpellation souhaitez-vous adresser à nos dirigeants politiques lors de la COP24 ?

Je sais que ces politiques pensent à leurs électeurs, aux intérêts auxquels ils doivent d’être élus. Je leur demande de penser aussi à leurs enfants et petits-enfants, et au jugement que l’histoire portera sur leurs actes. Cette rencontre est une des dernières occasions se changer le cours de l’histoire, afin que la civilisation sur terre telle que nous la connaissons ne soit pas rendue impossible. Parfois, il faut oser dire que les choses sont simples: c’est agir de manière décisive, ou bien continuer de marcher, tels des somnambules, vers un suicide collectif.

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