Un jour un jeûneur: Père Philippe Dautais responsable du centre d’études et de prière de Sainte-Croix

Un jour un jeûneur: Père Philippe Dautais responsable du centre d’études et de prière de Sainte-Croix

Jusqu’au 2 décembre, nous partagerons avec vous des mini-interviews de jeûneurs, qui permettront de mettre des visages sur les jeûneurs, de découvrir pourquoi ils jeûnent, comment et quelle interpellation leur jeûne porte !

Quelle(s) conviction(s) vous ont engagé(e) à participer à ce jeûne pour le climat ?

Je suis sensibilisé aux questions écologiques, à l’exploitation de la nature, depuis 40 ans. Pour moi, l’être humain fait partie de la nature, détruire la nature porte atteinte à la survie de l’espèce humaine. Il est clair que la nature survivra à l’humanité mais que les êtres humains ne survivront pas à la destruction de la nature. Ceux qui subissent le plus les conséquences de l’exploitation de la nature et du réchauffement climatique ce sont les pauvres. Faire un jeûne pour le climat et pour la cause écologique est une œuvre sociale au service des plus démunis qui subissent économiquement et écologiquement l’avidité et la cupidité des plus nantis. Ma motivation pour jeûner est donc double : soutenir les plus fragiles et pour qu’émerge une prise de conscience de l’urgence de la situation écologique et humanitaire.

Comment voulez-vous donner forme à votre jeûne pour le climat ?

Au plan local, j’ai fait un appel à tous les membres de ma paroisse et aux associations écologiques pour jeûner vendredi et samedi. Dimanche, nous partagerons un repas frugal. Chacun peut organiser son jeûne selon ce qui est possible, l’important est d’être engagé d’une manière solidaire par la pensée, le cœur et la prière.

Parler du climat signifie parler de toutes les grandes questions qui secouent notre humanité. Quel thème vous tient particulièrement à cœur et pourquoi ? Par exemple : climat et migration, climat et biodiversité, climat et paix, climat et justice sociale, etc.

Tous ces thèmes sont liés les uns aux autres et me tiennent à cœur.  Nous faisons face à des défis sans précédents dans l’histoire de l’humanité. Ceux-ci sont liés à la surexploitation des ressources dans le but d’un maximum de profits. Cette logique engendre des inégalités criantes, les 1% les plus riches de la planète possèdent autant que les 99% de la population mondiale. Les causes du désastre écologique et social sont dans le cœur de l’être humain, ils se nomment : esprit de prédation, de convoitise, d’avidité, de cupidité, de domination, d’insensibilité au vivant et aux autres. L’humanité a rendez vous avec elle-même car elle touche à une limite : nous ne pourrons pas exploiter à l’infini une planète finie. Puisque les causes sont dans le cœur de l’homme, cela exige une prise de conscience, une élévation de la conscience, donc une véritable mutation spirituelle. Sans un changement de logique, nous allons continuer la destruction de la nature et aggraver l’injustice sociale. Déjà un milliard de personnes humaines souffrent de malnutrition (alors que nous avons les moyens financiers pour y remédier), demain des centaines de millions de personnes seront par obligation des migrants climatiques. La crise écologique provoque une question : voulons nous être au service de conditions de vie décentes pour chaque être humain, respecter chaque personne humaine en accord avec la charte des droits de l’homme, laisser une planète vivable à nos enfants ou continuer cette logique destructrice au service des plus riches avec comme conséquences la mort de millions de personnes, la disparition massive des espèces, la destruction de la nature ? Etre au service de l’être humain et du vivant ou être au service du profit et de l’argent ?

Quelle question ou interpellation souhaitez-vous adresser à nos dirigeants politiques lors de la COP24 ?

Chacun connait la situation écologique et humaine. Certains sont dans le déni car cela les dérange. Il est devenu urgent de regarder la réalité dans toute son ampleur, de prendre la mesure de la gravité de la situation puis d’agir, de prendre des décisions contraignantes et non seulement formelles. L’enjeu porte sur l’héritage que nous allons laisser à nos enfants. Non seulement nous leur laissons une dette écologique mais aussi une dette financière, toutes deux insoutenables. Pouvons nous en toute quiétude entériner une telle logique inhumaine, sommes nous égoïstes à tel point que nous soyons insensibles à l’avenir de nos enfants. Chacun est renvoyé à sa propre conscience et ne pourra pas dire qu’il ne savait pas. Il serait trop facile de penser que ces propos sont culpabilisants, cela montrerait un profond déni de responsabilité. Une large population est prête à relever le défi, il est nécessaire que des hommes politiques courageux et responsables se lèvent pour fédérer la mutation nécessaire.

 

Partager :