Une jeûneuse: Sarah Foxx, théologienne et éco-conseillère

Une jeûneuse: Sarah Foxx, théologienne et éco-conseillère

Quelle(s) conviction(s) vous ont engagé(e) à participer à ce jeûne pour le climat ?

Dans la Bible, le jeûne est pratiqué pour se rapprocher de Dieu et des autres, en mettant de côté, pendant un certain temps, ses propres besoins. Le manque créé par le jeûne nous permet d’être « rempli » autrement que par la nourriture solide…en étant plus à l’écoute de ce qui se passe en nous et surtout autour de nous. Le jeûne est une discipline spirituelle que j’ai l’habitude de pratiquer lors de moments importants dans ma vie, lorsque j’ai besoin de faire preuve de discernement ou tout simplement pour me mettre à l’écoute de Dieu. Je crois qu’il est tout à fait pertinent de jeûner pour une cause aussi importante que celle du climat, alors que des décisions très impactantes vont (je l’espère !) être prises et qu’il s’agit aussi de remettre en question nos modes de vie et notre façon d’être au monde.

Comment voulez-vous donner forme à votre jeûne pour le climat ?

Etant actuellement enceinte, je ne peux pas me permettre d’arrêter de me nourrir complètement. Cependant, j’ai réfléchi à d’autres manières de vivre ce temps de jeûne : en refusant par exemple toute nourriture industrielle, qui est à l’opposé du modèle alimentaire et agricole que je souhaite voir advenir, mais aussi en me coupant de tout ce qui peut m’endormir ou m’anesthésier : les écrans, les divertissements, le shopping…

Parler du climat signifie parler de toutes les grandes questions qui secouent notre humanité. Quel thème vous tient particulièrement à cœur et pourquoi ? Par exemple : climat et migration, climat et biodiversité, climat et paix, climat et justice sociale, etc.

Je dirais climat et espérance : pour beaucoup de monde, c’est un oxymore ! Je constate autour de moi que beaucoup de personnes sont découragées voire déprimées face aux rapports de plus en plus alarmants des experts. Et c’est sûr qu’il n’y a pas de quoi se réjouir…mais en même temps, la peur et l’éco-anxiété (puisque c’est son nom !), à trop haute dose, desservent la cause de l’engagement. C’est aussi le constat que fait Joanna Macy, une éco-psychologue américaine, autrice d’un livre qui s’appelle Espérance en mouvement. A travers un ensemble d’exercices qu’elle appelle le « Travail qui relie », elle met en avant le rôle crucial que joue l’espérance dans le changement en nous permettant de porter un nouveau regard sur le monde pour mieux aller de l’avant.

Enfin, je choisis le mot d’espérance, qui n’est pas le même que celui de l’espoir, parce qu’on peut ne plus avoir d’espoir mais rester malgré tout ancré dans l’espérance. Je crois qu’il est difficile de s’engager dans la durée sans ce cap d’espérance, sans cette « ancre de l’âme, sure et solide » (Hébreux 6,19).

Quelle question ou interpellation souhaitez-vous adresser à nos dirigeants politiques lors de la COP26 ?

J’aimerais que les plus grands se mettent à l’écoute des plus petits, que les plus anciens, qui ont l’impression de n’avoir rien à perdre, entendent la colère et l’angoisse des plus jeunes, que l’influence d’un petit nombre soit mise au service du bien commun… bref, je rêve d’une grande prise de conscience collective qui aboutirait à une véritable conversion du cœur, un virage à 180°.

Si mes espoirs peuvent être déçus devant l’inertie des politiques à mettre en œuvre leurs promesses, l’espérance me fait dire « on peut y croire, c’est possible, continuons à nous mobiliser ! »

 

 

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